L’espérance d’un baiser

Une fois n’est pas coutume, je vais vous faire part d’une de mes dernières lectures.

Le titre du livre est « L’espérance d’un baiser », son sous-titre « Le témoignage de l’un des derniers survivants d’Auschwitz », vous permettra de comprendre de quoi il s’agit.

L’histoire

Raphaël Esraël, auteur de ce récit de vie, a 18 ans quand il s’engage dans la résistance à Lyon. Il est faussaire, il devient expert dans l’art de laver les papiers (carte identité, acte de naissance, diplôme …). il redonnait de nouvelles identités.

Sa vie a basculé le 8 janvier 1944, il est arrêté, emprisonné et torturé, prison de Montluc. Fin janvier, il est envoyé à Drancy (26 janvier 1944). Dans le camp de Drancy (il séjourne 6 jours), il croise une jeune femme Liliane Badour (19 ans arrêté à Biarritz, le 10 janvier 1944), dont il tombe amoureux instantanément. On peut parler de coup de foudre. En fait, la rencontre avec Liliane s’est faite grâce aux 2 frères de Liliane, René et Henri âgés respectivement de 13 ans et 17 ans. Les femmes et les hommes étant séparés, Liliane demande à Raphaël de prendre en charge ses deux frères. Début février, ils se retrouvent séparés des autres détenus de Drancy. Là, Raphaël lui demande de l’embrasser.
extrait du livre (page 69) :
« le 1er ou le 2 février 1944, avec plusieurs centaines de personnes dont je fais partie, nous sommes séparés des autres détenus du camp et placés dans des blocs étroitement surveillés. Nous sommes ensemble avec Liliane, Henri et René. Je demande à Liliane de me permettre de l’embrasser. Dans mon esprit, il s’agit d’un simple baiser sur la joue. « Pas maintenant, me répond-elle, lorsque nous serons arrivés. »

Le 3 février c’est la déportation, un convoi (1 millier de personnes) qui les mène vers Auschwitz. Un voyage de 3 jours dans les conditions que tout le monde à en tête. Arrivé au camp, c’est la sélection Raphaël est affecté à l’Union Werke, pour le travail forcé (en usine). Quant à Liliane, elle est dans le camp de Birkenau et affecté à un groupe de travail qui effectue du terrassement dehors.

C’est la partie du récit de vie de déporté écrite à 2 voix, celle de Raphaël et en miroir celle de Liliane.

Pour Raphaël commence, son récit de 11 mois de sa vie dans le camp (11 mois sous le matricule 1773295). Il nous raconte simplement les faits, mais aussi sa pensée, ce qu’il ressent. Il nous raconte clairement son cheminement, les premiers jours c’est l’incompréhension de la réalité des camps d’extermination, la découverte de la sinistre réalité de la solution finale mise en place par les allemands, que la sélection est constante et que les détenus peuvent être envoyés à tout moment à la chambre à gaz pour rien (pour une broutille). Il nous raconte aussi la violence, les comptages incessant et qui n’en finissent pas, la morsure du froid, la douloureuse sensation de la faim, la crasse, les coups, l’humiliation, la peur au ventre qui ne vous quitte jamais.

Durant ces 11 mois d’enfer, Raphaël se nourrit du souvenir de Liliane de cet espoir d’un baisé qu’il a chevillé au corps. Il va tout faire pour la retrouver et lui assuré un semblant de vie « meilleure » (pour éviter le travail dehors, et qu’elle intègre l’usine).

L’incroyable, le miraculeux de l’histoire, Raphaël va être épargné. Il va échapper à la chambre à gaz et à la pendaison à la suite d’une tentative d’évasion, survivre aux trains de la mort et à la marche de la mort*.

Va passer par Dachau, camp waldlager (dans les bois), tutzing..

Ce que je retiendrais du livre

C’est le récit d’une histoire personnelle qui est bouleversante, qui décrit justement et de façon émouvante cet enfer. Pour avoir eu l’honneur de rencontrer Raphaël Esraël, j’ai retrouvé la même justesse des mots, la même pudeur dans ses écrits que dans ses dires. A aucun moment on est dans l’exagération, on ne bascule dans le pathos. Il nous dit la réalité, sa réalité, son vécu, son ressenti, et surtout il nous fait part des traces que cela laisse dans la vie d’après (réminiscences …).

Pour la fin de l’histoire

De retour à Lyon (mai 1945), il reprend ses études. Après maintes recherches, il retrouve Liliane et il l’épouse. De 1949 à 1988, il travaille pour Gaz de France.

A partir de sa retraite (peut être un peu avant dans les années 80) il s’implique et s’investit auprès de la jeunesse pour témoigner mais aussi pour contrer les discours négationnistes. Il est président de l’union des déportés d’Auschwitz, il raconte tout le travail de devoir de mémoire des associations de déportés et de son travail. En particulier, il a mis en place des voyages d’étude pour les enseignants et de mémoire pour les élèves. Ces voyages de visite des camps d’Auschwitz et Birkenau, les visiteurs sont accompagnés par des déportés qui nous portent leur parole dans les lieux même de leur enfer.

Enfin, pour finir il faut mettre la lumière sur 2 magnifiques travaux que Raphaël a dirigé avec son assistante (Isabelle Ernot). Il s’agit de 2 supports pédagogiques. Ces 2 supports pédagogiques sont construits sur le même concept qui est la mémoire par les lieux et la voix des déportés. Dans ces supports, les témoignages de déportés sont géo-localisés :

  • DVD mémoire demain (Hatier, 2009) – témoignages d’une vingtaine de déportés sur les lieux Auschwitz et Birkenau (lien vers un article parlant du DVD http://www.cercleshoah.org/spip.php?article67)
  • Cette année (2017), mise en ligne d’un gros projet (en cours, enrichissement au fil des années) sur le même principe que le DVD. Il s’agit du site internet Mémoires des déportations. Il vise à prendre en compte tous les camps à l ‘échelle de l’Europe (camp d’internement, de concentration et centres d’assassinat des juifs d’Europe). Vous y trouverez des centaines de documents, vidéos et extraits de textes. Lien vers le site Mémoire des déportations 
*La marche de la mort,  c'est l'évacuation du camp d’Auschwitz, environ 60 000 le nombre de déportés d’Auschwitz-Birkenau et camps annexes évacués entre le 17 au 21 janvier 1945. Les SS forcèrent les détenus à marcher dans un froid terrible à une allure inhumaine, des milliers de détenus sont morts d'épuisement et de froid.
Publié dans Billets d'humeur